Jeffrey Ford, Le portrait de Madame Charbuque

Publié le par calypso

 

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C'est un véritable défi qu'accepte de relever le peintre à succès, Piambo, à la fin du XIXe siècle : faire le portrait d'une femme qu'il ne verra jamais mais qui lui parlera d'elle, cachée derrière un paravent. Au fil des séances naît alors une atmosphère étrange. Par le récit de son enfance où elle découvre ses dons de voyante, par les épouvantables révélations qu'elle lâche par bribes, Mme Charbuque envoûte inexorablement l'artiste. Obsédé par ce modèle invisible qui détruit lentement sa vie, il perd peu à peu son talent, sous le regard angoissé de la femme qu'il aime. Quel but poursuit donc cette créature malfaisante ? Le lecteur va finalement découvrir ce qu'elle dissimule. Un lourd secret, dont personne ne peut sortir indemne.

 

Alors que je n’avais jamais lu Jeffrey Ford ni même croisé son nom, j’ai eu l’occasion de lire, en moins de deux mois, deux de ses œuvres. La fille dans le verre, lu en juillet, m’avait permis de passer un bon moment de lecture mais n’avait toutefois pas été un coup de cœur. Il en est exactement de même pour Le portrait de Madame Charbuque. J’ai beaucoup aimé cette lecture et j’y ai retrouvé la plume de Jeffrey Ford, son talent de conteur et son goût pour l’histoire. Une fois n’est pas coutume, il renvoie, dans ses remerciements, aux différents ouvrages historiques et documentaires qu’il a consultés pour écrire son roman. Ce goût de la précision n’est pourtant pas le seul élément que j’ai pu retrouver au cours de ma lecture. Bien des thèmes sont communs aux deux œuvres, notamment ceux de la dissimulation et du mensonge.

Ce roman se déroule en Amérique de la fin du XIXe siècle. Piambo est un peintre qui remporte un franc succès et doit répondre à de nombreuses commandes. Un beau jour, il reçoit une étrange demande : Watkin, un aveugle,  informe le peintre que sa maîtresse souhaite obtenir de lui un portrait. Mais la commande serait tout à fait quelconque si elle ne comportait pas une étrange close : à aucun moment le peintre ne devra voir le modèle. Piambo va alors devoir imaginer Madame Charbuque, la deviner, à travers sa voix, ses mots, les anecdotes qu’elle raconte, de son enfance si particulière à la découverte de son don pour la divination. La mystérieuse femme l’envoûte peu à peu et l’éloigne de Samantha, la femme qu’il aime. Pendant ce temps, des cadavres de femmes sont retrouvés, des larmes de sang s’échappant de leurs paupières…

Le portrait de Madame Charbuque est un roman aussi étrange que l’est le personnage éponyme. On le croirait tout droit venu du XIXe siècle, la référence au Portrait de Dorian Gray est d’ailleurs présente dès les premières pages et on sent bien, à mesure que le mystère s’épaissit, l’influence de Poe. Une belle découverte !

   

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Le Livre de poche-copie-1

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« Pendant un temps infini, je contemplai simplement le rectangle posé sur le chevalet. Comme cela se passait chaque fois que je m’efforçais de trouver son image, elle finit par se matérialiser des miasmes du néant, et je vis une femme, mais pareille au Protée de l’Odyssée dont les formes ne cessaient de changer, c’était une femme composée d’innombrables femmes. Je pris mon souffle et je me concentrai, cherchant à mettre un terme aux rapides métamorphoses de son visage, au passage du blond au brun puis au roux de ses cheveux. Ce fut une entreprise assez frustrante, comme tenter de déterminer à quel moment exact l’on se doit de sauter sur un manège tournant à toute allure. » (p.89)

 

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Lilibook 21/09/2010 13:25


IL est inscrit depuis quelques temps à ma lal, mais elle est tellement longue que toutes ces lectures vont s'étaler sur...... pffff........ je ne sais pas combien de temps ;-))))


Alex-Mot-à-Mots 20/09/2010 18:20


Vu sur un autre blog, tu me donnes encore plus envie de le lire. Et en +, il est en poche, chic.


Serena 20/09/2010 14:25


Je ne connaissais pas mais je pourrais aimer, il faudra que je le lise à l'occasion ! Merci pour ce bel article :)


marie 20/09/2010 13:41


Si tu me prends par les sentiments en parlant du Portrait de Dorian Grey et en faisant des comparaisons avec Poe... comment résister ? ;-)


irrégulière 20/09/2010 13:13


Ah, je note, ça pourrait me plaire !


Constance 20/09/2010 12:50


Ton billet m'intrigue. Je le note d'autant que je connais pas l'auteur.


Manu 20/09/2010 11:17


Ce roman avait été un coup de coeur pour moi !


Anne Sophie 20/09/2010 09:45


je le note :)


Karine:) 20/09/2010 00:55


Un livre qui me tente depuis un bon moment mais que je n'achète pas en raison d'un swap qui plane encore après bon... longtemps, entre là bas et ici!! Je suis bien curieuse, surtout pour les
références littéraires.