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Pierre Antilogus et Jean-Louis Festjens, Le guide du toujours jeune père

Publié le par calypso

 

P Antilogus et JL Festjens - Le guide du toujours jeune pè

 

Ça devait arriver : votre enfant est devenu un adolescent. Et même, un ado lassant. Autant dire un être confus, pénible et d'une taille gigantesque. Avouons-le, ami, vous êtes débordé. Inopérant. Semblable au vieil éléphant qui maugrée dans la savane, à l'écart du troupeau. Chaque jour, mille questions angoissantes vous assaillent.

• Comment lui faire ranger sa chambre ?

• Comment la convaincre de ne pas sortir avec Kevin, le gothique sataniste ?

• Serait-il bien raisonnable de lui laisser l'appart' pour une « teuf d'enfer » ?

• Comment s'habiller pour aller le récupérer au commissariat ?

• Existe-t-il un site internet où l'on pourrait acheter le bac ?

• Comment faire retomber sur madame les pires moments de la crise d'adolescence ?

N'ayez plus peur : Antilogus et Festjens sont de retour, leurs malles bourrées de bons conseils, de judicieuses suggestions et d'idées révolutionnaires.

Fini de rire, les jeunes ! Le règne de fado s'achève.

 

Ce dernier billet de l’année sera consacré à une lecture « détente ». N’espérez pas trouver dans ce Guide du toujours jeune père les recettes-miracle qui vous permettraient de comprendre cet individu qui partage votre vie et qui vous est si étranger, j’ai nommé : l’adolescent. C’est avec humour que Pierre Antilogus et Jean-Louis Festjens ont décidé de traiter le sujet. Et c’est réussi, en partie du moins ! Il y a dans ce livre des passages extrêmement drôles, souvent proches de la réalité, mais parfois très caricaturaux. Il y en a d’autres qui sont très décevants, notamment les interventions de Lionel Choupard, distingué membre de l’Apap (Amicale des programmes d’aide paternelle), qui ne m’ont même pas permis d’esquisser un sourire… Globalement, c’est un texte agréable à lire, mais, à mon avis, il ne faut pas lire trop de pages à la fois. Un peu lassant, je dois dire.

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« Les complexes des teen-agers

Le complexe d’Œdipe : l’idée de base est de tuer son père et d’épouser sa mère. Ou le contraire. C’est idiot.

Le complexe Skywalker : l’idée de base reste de tuer son père, mais avec un sabre laser. C’est n’importe quoi. Méfiez-vous tout de même. » (p.62)

 

« Mission sacrée numéro 1 : aider votre ado à faire ses devoirs

Or, ainsi que nous l’avons vu plus haut, un simple coup d’œil au livre de cours ouvert sur la table de travail (ha, ha !) de votre rejeton ne vous a laissé aucun doute, c’est du chinois. Comment l’aider à faire ses devoirs, si vous n’en comprenez pas un traître mot ? Pas grave, nous sommes là. D’abord, quittez cet air affolé. Tout en lisant l’énoncé du problème de maths, adoptez une moue amusée. De temps à autres, pouffez. Puis levez les yeux au ciel en lui rendant le bouquin et dites : « Vous en êtes encore là, en Terminale ES ? Eh ben, mon vieux… Bon, pour la cladistique, il faut que tu trouves la récurrence arithmétique de terme 1 et de raison 2. Ou alors, plus simple, tu calcules le coefficient fondamental. Je ne vais pas faire tout ton devoir à ta place, non plus… Allez, je te laisse, mon grand ! » Et puis tirez-vous. » (p.178)

 

 

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Zlata Filipovic, Le journal de Zlata

Publié le par calypso

 

Zlata Filipovic - Le journal de Zlata

 

1991. Zlata a onze ans lorsque la guerre éclate à Sarajevo. Du jour au lendemain, l’insouciance de la jeunesse laisse place à l’indignation. Les jeux, l’école et les rires ont disparu devant les tirs incessants, la mort des proches, les nuits d’angoisse dans les caves. Pour dire sa colère, il ne reste à Zlata que son journal, tendrement surnommé Mimmy. « L’horreur a remplacé le temps qui passe », écrit-elle avec une lucidité poignante.

Un texte exceptionnel qui nous fait partager le quotidien d’une enfant de la guerre.

 

La première page du journal de Zlata qu’il nous est offert de lire est datée du lundi 2 septembre 1991. Zlata est alors une jeune écolière qui, après des vacances reposantes, fait son entrée en sixième. Elle confie à son journal sa joie de retrouver ses copines et le chemin des cours, de participer à l’anniversaire d’une de ses meilleures amies, de manger une bonne pizza. Pendant ce temps, à Dubrovnik, la situation politique empire et Zlata s’inquiète pour les membres de sa famille qui s’y trouve. En avril 1992, les bombardements atteignent Sarajevo où vit Zlata. La jeune fille de onze ans voit son univers basculer. Au fur et à mesure, pour Zlata et ses parents, il devient très difficile de se nourrir, le gaz et l’électricité sont fréquemment coupés, la cave de leur immeuble devient un refuge. Il est quasiment impossible de sortir de chez soi, sans risquer les tirs ennemis. Le siège de Sarajevo enlève à Zlata toutes les joies de son enfance. Pour elle, c’est l’incompréhension. Le lecteur devient spectateur, au fil des jours, de ses interrogations et de ses espoirs.

Le journal de Zlata est un témoignage que je voulais lire depuis longtemps et je suis heureuse de l’avoir enfin lu. Il est toujours intéressant et enrichissant de lire des témoignages de guerre. Ils prennent une dimension particulière quand ils sont écrits par des enfants. Leur innocence et leur méconnaissance des règles politiques en font des témoins incroyablement sensés. Zlata l’écrit : elle ne s’y entend pas en politique, elle l’exècre et ne voit pas pourquoi des hommes dont elle n’est pas l’ennemie, la privent ainsi de son enfance… C’est un texte très facile à lire, jamais monotone et d’une grande intelligence.

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

Samedi 30 mai 1992

Dear Mimmy,

La maternité a complètement brûlé. C’est là que je suis née. Des centaines de milliers de futurs bébés, de futurs habitants de Sarajevo n’auront pas la chance d’y naître. Elle était encore toute neuve. Le feu a tout dévoré. On a pu sauver les mères et les bébés. Au moment où l’incendie s’est déclaré, deux bébés étaient en train de naître. Ils sont vivants. Ici, les gens meurent, périssent, ici tout brûle, tout disparaît, et pendant ce temps-là, des bébés, des futurs hommes, viennent au monde, en sortant des flammes.

Ta Zlata

 

Lundi 29 juin 1992

Dear Mimmy,

 […] Mon Dieu, est-ce que cela va cesser un jour, est-ce que je vais pouvoir redevenir écolière, redevenir une enfant contente d’être une enfant ? J’ai entendu dire que l’enfance est la plus belle période de la vie. J’étais contente de vivre mon enfance, mais cette sale guerre m’a tout pris. Mais pourquoi ?! Je suis triste. J’ai envie de pleurer. Je pleure.

Ta Zlata

 

 

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Jean-Marie Gustave Le Clézio, Mondo et autres histoires

Publié le par calypso

 

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Les contes de Le Clézio, qui semblent nés du rêve et du recueillement, nous parlent pourtant de notre époque.

Venu d'ailleurs, Mondo le petit garçon qui passe, Lullaby la voyageuse, Jon, Juba le sage, Daniel Sindbad qui n'a jamais vu la mer, Alia, Petite Croix, et tant d'autres, nous sont délégués comme autant d'enfants-fées. Ils nous guident. Ils nous forcent à traverser les tristes opacités d'un univers où l'espoir se meurt. Ils nous fascinent par leur volonté tranquille, souveraine, accordée au silence des éléments retrouvés. Ils nous restituent la cadence limpide du souffle, clé de notre âme.

 

Cette fois-ci, c’est sûr, mon billet sera court. Très court. Alors que je promettais il y a quelques semaines de découvrir (enfin) un roman de Le Clézio, ce sont une nouvelle fois ses nouvelles qui se sont présentées à moi. Si la poésie urbaine de La ronde et autres faits divers avait su me captiver, je ne peux pas encore dire autant de ce recueil. Je connaissais déjà « Lullaby », nouvelle que je n’avais pas appréciée, et j’ai lu sans grand intérêt « Mondo », « La montagne du dieu vivant », « Les bergers » et les autres… La nouvelle que j’ai le plus apprécié est « Celui qui n’avait jamais vu la mer », mais vu l’ennui ressenti en lisant les autres, ce n’était pas bien difficile. « Hazaran » se place en deuxième position. J’ai beaucoup aimé les petites énigmes posées à l’héroïne, Trèfle.

Comme je ne sais que dire au sujet de ce recueil, sinon exprimer encore et encore ma déception, je transforme ce billet en petit jeu et vous propose de répondre à la première énigme :

 

« Au repas où je suis invité, mon père me donne trois nourritures très bonnes. Ce que ma main peut prendre, ma bouche ne peut le manger. Ce que ma main peut prendre, ma main ne peut le garder. Ce que ma bouche peut prendre, ma bouche ne peut le garder.»

 

Alors ? ça vous inspire ?

 

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Jean-Marc Ligny, Mal-Morts

Publié le par calypso

 

Jean-Marc Ligny - Mal-morts

 

 

Elodie est une jeune fille douée d'une étrange faculté…  elle attire des fantômes qui se nourrissent d'elle. Et elle est épuisée par ce combat, au point de plus savoir qui va la tuer au juste : ses parents, la clinique ou les morts... Sans doute les trois à la fois.

Une seule chose pourrait l'aider à sortir de cet enfer : l'Amour. La rencontre avec Orfan, son idole, star adulée de la jeunesse, qui l'intègre à son groupe de rock, la transfigure. Mais l'amour, qui repousse les morts, peut être aussi un poison pour les vivants…

 

Au début du roman, Elodie est une jeune adolescente en retrait. Elle n’a pas d’amis et semble incomprise par ses parents. N’importe quel adolescent pourrait s’identifier à elle, à ceci près qu’Emilie est en retrait car elle n’est pas comme les autres. Sans en connaître la raison, elle est hantée par les Mal-Morts, ces fantômes d’êtres humains qui n’acceptent pas leur mort et tentent par tous les moyens de récupérer son essence vitale. Parce qu’ils se sentent démunis, ses parents font suivre leur fille par un psychanalyste. Définitivement incomprise, Elodie décide de fuguer : elle veut à tout prix éviter d’entrer dans la clinique psychiatrique dans laquelle ses parents et le docteur Caligari veulent l’envoyer…

A mon avis, Jean-Marc Ligny a parfaitement réussi le début de son roman. On s’attache à Elodie, on tourne les pages avec l’envie très forte de voir ce qui va lui arriver et de comprendre d’où lui vient cette faculté qui la lie aux morts. J’ai beaucoup apprécié les passages qui se déroulent au sein de la clinique psychiatrique (en effet, la jeune fille finira bel et bien par y entrer). J’ai été captivée par les événements qu’elle y vit, les personnages qu’elle y rencontre…

L’auteur tenait une vraie bonne idée, susceptible de plaire aux adolescents. Malheureusement, je trouve qu’il n’a pas réussi à faire de son texte un bon roman. Il s’est éparpillé et, à trop vouloir faire d’Elodie une jeune fille ordinaire, il en a oublié le sujet essentiel du roman. En effet, à partir du moment où l’adolescente sort de la clinique, l’histoire perd tout son intérêt et frise même souvent le ridicule. J’ai bien conscience que ce livre est destiné aux adolescents et il leur plaira sans doute mais je trouve regrettable qu’une grosse partie du roman délaisse la dimension fantastique de l’histoire, jusqu’à s’aventurer vers un dénouement assez médiocre. J’allais oublier : le style de l’auteur est plutôt agréable à lire mais, ponctuellement, on trouve quelques mots très familiers qui dénotent avec le reste.

Une grosse déception pour moi !

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« Allongée dans son lit, Elodie observe avec appréhension le halo de la pleine lune qui s’avance au bord de la fenêtre, saupoudre d’argent le bleu profond de la nuit, souligne les griffes noires de l’arbre mort tendues vers le ciel opalin.

Elle sent que c’est pour cette nuit.

Elle éprouve dans son corps frémissant, dans ce nœud de douleur qui naît au creux de son plexus, dans ses fourmillements au bout de ses orteils et à la racine de ses cheveux. »  (p.9)

 

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Annie Ernaux, La place

Publié le par calypso

 

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Annie Ernaux compose La Place après la disparition de son père. Au fil de ses souvenirs, elle retrace la vie de cet homme, ouvrier devenu cafetier, qui avait conquis sa " place " dans la société. Dans une écriture épurée et pudique, elle dévoile la douloureuse distance que ses études et son mariage ont installée entre elle et son père et rend un vibrant hommage à ses parents.

 

La Place est une œuvre autobiographique qui ne met pas au premier plan l’auteure mais la figure paternelle. L’homme est issu du monde rural et est devenu ouvrier. La narratrice vient d’obtenir son Capes de Lettres. Entre eux, l’écart s’est creusé. Le manque d’instruction du père,  ses maladresses et sa volonté de s’élever socialement, l’envie d’apprendre de sa fille et de fréquenter d’autres milieux sociaux, sont au cœur du récit. Au fil du temps, un sentiment fort s’accroît : la honte.

La première remarque qu’il me vient à l’esprit, c’est qu’il y a dans ce court texte beaucoup de retenue. C’est la première œuvre d’Annie Ernaux que je lis et je ne sais donc pas si la remarque que je vais faire est valable pour toutes les autres : Annie Ernaux pratique dans ce roman ce qu’elle appelle une « écriture plate », je n’aurais pas su mieux définir ce style qui transforme l’auteure en observatrice, comme si elle était détachée de ce qu’elle raconte, comme s’il avait fallu qu’elle extraie ses émotions de ses souvenirs. C’est justement ce qui m’a manqué pour apprécier pleinement cette œuvre et être enchantée de ma rencontre avec cette auteure : l’émotion. J’aime être émue et la distance avec laquelle Annie Ernaux évoque ses rapports avec son père m’a empêchée de l’être. Malgré tout, il y a une certaine délicatesse à évoquer ce père sans produire de jugement et écrire sur lui reste un bel hommage. En outre, La place est une œuvre qui se lit facilement.

Une femme et « Je ne suis pas sortie de ma nuit » m’attendent sagement sur mes étagères.

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« Depuis peu, je sais que le roman est impossible. Pour rendre compte d’une vie soumise à la nécessité, je n’ai pas le droit de prendre d’abord le parti de l’art, ni de chercher à faire quelque chose de « passionnant », ou d’« émouvant ». Je rassemblai les paroles, les gestes, les goûts de mon père, les faits marquants de sa vie, tous les signes objectifs d’une existence que j’ai aussi partagée.

Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L’écriture plate me vient naturellement, celle-là même que j’utilisais en écrivant autrefois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles. » (p.17-18)

 

«  Je pensais qu’il ne pouvait plus rien pour moi. Ses mots et ses idées n’avaient pas cours dans les salles de français ou de philo, les séjours à canapé de velours rouge des amis de classe. L’été, par la fenêtre ouverte de ma chambre, j’entendais le bruit de sa bêche aplatissant régulièrement la terre retournée.

J’écris peut-être parce qu’on n’avait plus rien à se dire. » (p.57-58)

 

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Joyeux Noël !

Publié le par calypso

 

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Publié dans Blabla en tout genre

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Annie Saumont, La guerre est déclarée et autres nouvelles

Publié le par calypso

 

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Un homme hanté par le souvenir des camps d'extermination, où, kapo, il a conduit celle qu'il aimait à la mort sans dire un mot ; un autre, rongé par le remords parce que, sous l'Occupation, recueilli par des fermiers, il a provoqué l'arrestation de Sarah, la petite fille qu'ils hébergeaient ; un troisième, confronté à un terrible dilemme : livrer le meurtrier d'un soldat allemand pour permettre à cinquante otages de garder la vie sauve - ou se taire...

Dans chacune des nouvelles de ce recueil, la guerre est un moment de crise qui révèle les personnalités et marque les individus à jamais.

 

Attention ! Ce billet va être très court car  j’ai lu ce recueil au début du mois de septembre… Il arrive que ma mémoire me fasse défaut : je peux adorer un roman et en avoir oublié, deux ans plus tard, les éléments essentiels. Alors, avec les nouvelles, n’en parlons pas !

Ce que je peux dire de ce recueil, c’est qu’il ne m’a pas complètement convaincue. Bien sûr, le titre tient ses promesses : c’est la nouvelle « La guerre est déclarée » qui donne son titre au recueil car la guerre en est le thème central. Le problème, je pense, ne vient pas tant des histoires racontées que de la manière dont elles sont justement racontées.

Si vous ne connaissez pas encore Annie Saumont, je vous conseille de lire une de ses nouvelles car elle a un style bien à elle, résolument moderne, où récit et dialogue s’entrecroisent sans limite apparente, mais qui peut être un véritable obstacle à la lecture. La première fois que j’ai entendu parler d’Annie Saumont, c’était au lycée. A cette époque, je n’avais pas lu mais entendu une de ses nouvelles, lue par ma prof de français. J’avais beaucoup apprécié ce style haché, très oralisé. Il faut sans dire lire à haute voix les nouvelles d’Annie Saumont pour vraiment entrer dans son univers. J’ai lu par la suite quelques unes de ses nouvelles que j’ai bien évidemment oubliées au fur et à mesure. Mais si je devais vous en conseiller une, ce serait « Il revenait de Chicago, Papa » parce qu’elle est incroyable d’intensité.

Mais revenons à notre recueil. J’ai eu du mal à entrer dans les nouvelles de ce recueil car le style m’a gênée. Peut-être une inadéquation entre le thème (tourné vers le passé) et le style (très moderne, comme je l’ai déjà dit)… je ne sais pas. Mon avis est toutefois très positif en ce qui concerne deux nouvelles : « Les voilà » et « La composition d’orthographe » que j’ai vraiment pris plaisir à lire. Dans « Les voilà », l’utilisation du point de vue interne est extrêmement bien maîtrisée et donne à la nouvelle toute sa force. La nouvelle évoque, de manière implicite, le massacre d’un village entier qui n’est pas sans rappeler celui d’Oradour-sur-Glane. « La composition d’orthographe » est l’histoire d’un dilemme : un photographe a, par le plus grand des hasards, photographié le visage d’un homme qui a tué un lieutenant allemand. Dans une école où il doit photographier les élèves, il aperçoit une affiche. Cinquante otages seront tués en représailles, à moins que des informations importantes ne soient délivrées. Vaut-il mieux dénoncer le meurtrier (mais en est-il vraiment un ?) ou sauver la vie de cinquante hommes ? J’ai également apprécié, dans une moindre mesure, « Le cri », l’histoire d’un homme qui s’est tu lorsque la femme qu’il aimait a été déportée et qui gardera le silence jusqu’à sa propre fin.

Finalement, mon billet n’est pas si court…

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

«  Je me souviens, dit-il. Partout on entendait plus que ça, Les voilà les voilà. Dans les bistrots chez le boulanger le cordonnier le droguiste, au bureau de tabac à la sortie de l’école et même sous le porche de l’église tandis que près du bénitier s’effleuraient les doigts mouillaient d’eau consacrés. Partout et toujours un murmure obstiné une rumeur persistante, Les voilà ils arrivent. » (« Les voilà », p.37)

 

 

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Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements

Publié le par calypso

 

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Au début des années 90, la narratrice est embauchée par Yumimoto, une puissante firme japonaise. Elle va découvrir à ses dépens l'implacable rigueur de l'autorité d'entreprise, en même temps que les codes de conduite, incompréhensibles au profane, qui gouvernent la vie sociale au pays du Soleil levant. D'erreurs en maladresses et en échecs, commence alors pour elle, comme dans un mauvais rêve, la descente inexorable dans les degrés de la hiérarchie, jusqu'au rang de surveillante des toilettes, celui de l'humiliation dernière. Une course absurde vers l'abîme - image de la vie -, où l'humour percutant d'Amélie Nothomb fait mouche à chaque ligne.

 

Stupeur et tremblements est le premier roman d’Amélie Nothomb que j’ai lu, mais c’était il y a bien longtemps, lorsque j’étais encore adolescente. J’avais envie de le relire depuis un petit moment, c’est désormais chose faite !

Employée par la firme Yumimoto, Amélie comprend très vite à quel point il est difficile de se faire une place dans l’univers impitoyable d’une entreprise japonaise. Devenue le bouc-émissaire de Fubuki Mori, sa supérieure dont elle admire la grande beauté, Amélie va évoluer au sein de la firme d’une manière très particulière puisqu’à défaut de monter les échelons, elle va les descendre, et ce de manière fulgurante. De la distribution du courrier à la vérification des notes de frais de voyage, en passant par la prise en charge des photocopies, la narratrice va affronter les tâches les plus ingrates, jusqu’à la déchéance ultime, le nettoyage des chiottes !

Bourré d’humour, ce petit roman ne manquera pas de vous faire sourire !

Il me reste à découvrir l'adaptation cinématographique.

 

Ankya, Ethernya, Alinea66, Nag et Lasardine l'ont lu et ont déposé leur avis sur la blogosphère.

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« Monsieur Haneda était le supérieur de monsieur Omochi, qui était le supérieur de monsieur Saito, aui était le supérieur de mademoiselle Mori, qui était ma supérieure. Et moi, je n’étais la supérieure de personne.

On pourrait dire les choses autrement. J’étais aux ordres de mademoiselle Mori, qui était aux ordres de monsieur Saito, et ainsi de suite, avec cette précision que les ordres pouvaient, en aval, sauter les échelons hiérarchiques.

Donc, dans la compagnie Yumimoto, j’étais aux ordres de tout le monde. » (p.7)

 

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Jospeh Joffo, Un sac de billes

Publié le par calypso

 

Joseph Joffo - Un sac de billes

 

Paris 1941. Joseph a dix ans. Dans le pays occupé par les nazis qui obligent tous les Juifs à porter l'étoile jaune, le jeune garçon et son frère Maurice tentent de franchir la ligne de démarcation sans papiers, pour gagner la zone libre.

 

Le titre, Un sac de billes, dit tout du roman. C’est l’histoire d’un enfant qui ne demandait rien d’autre que de pouvoir jouer aux billes. Mais en 1941, les petits enfants juifs n’ont pas le droit de jouer aux billes. Ils n’ont pas le droit de jouer tout court. Ils n’ont pas le droit de vivre.

Dans son prologue, Joseph Joffo écrit qu’Un sac de billes raconte « l’histoire de deux petits enfants, dans un univers de cruauté, d’absurdité et aussi de secours parfois les plus inattendus. » Je ne saurais définir l’œuvre mieux que l’auteur. C’est vrai, l’histoire est cruelle mais Joseph Joffo n’a pas écrit un texte larmoyant. Pour lutter contre la brutalité et la folie des adultes, il a, enfant comme adulte, eu recours à deux armes : la tendresse et l’humour. Son œuvre en est remplie. Il y a beaucoup de tendresse et d’amour dans l’histoire et le parcours de Joseph. Amour de ses parents, prêts à laisser partir leurs fils seuls à Menton pour les protéger. Amour de ses grands frères, Henri et Albert qui sont en zone libre et que l’enfant doit rejoindre. Amour enfin qui l’unit à Maurice, son frère, avec qui il quitte Paris et va vivre de nombreuses péripéties avant que la France ne soit à nouveau libre. C’est également un récit où l’humour tient une place essentielle. Cet humour est présent dans le regard amusé que l’auteur porte sur cette période de sa jeunesse mais c’est aussi l’humour qui a permis aux deux enfants de s’en sortir. Entre parties de foot sur la plage, travail dans un camp pétainiste et arrestation au siège de la Gestapo, Maurice et Joseph vont grandir, s’interroger sur l’absurdité de certains actes et faire la connaissance de gens bons, qui leur apporteront une aide précieuse.

En lisant ce récit, on se dit que Jospeh Joffo a eu de la chance. Beaucoup de chance. Et que nous en avons tout autant de pouvoir lire son histoire.

 

Vous pouvez lire, si vous le souhaitez, les avis d'Iluze et de Mr K.

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« Mais qu’est-ce qui vient d’arriver ? J’étais un gosse, moi, avec des billes, des taloches, des cavalcades, des jouets, des leçons à apprendre, papa était coiffeur, mes frères aussi, maman faisait la cuisine, le dimanche papa nous emmenait à Longchamp voir les canassons et prendre l’air, la semaine en classe et voilà tout, et tout d’un coup on me colle quelques centimètres carrés de tissu et je deviens juif.

Juif. Qu’est-ce que ça veut dire d’abord ? C’est quoi, un Juif ? » (p.23)

 

« Ce que je comprends le moins, c’est la violence de ce soldat. Sa mitraillette braquée, ses bourrades, ses yeux surtout, j’ai eu l’impression que le rêve de sa vie aurait été de m’enfoncer dans le mur et je me pose la question : pourquoi ?

Je suis donc son ennemi ?

On ne s’est jamais vus, je ne lui ai rien fait et il veut me tuer. » (p153-154)

 

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Bruce Lowery, La cicatrice

Publié le par calypso

 

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Jeff porte sur la lèvre un petit bec-de-lièvre que tout le monde nomme la « cicatrice ». Une infirmité dont il ne connaît pas la cause et qui lui vaut moqueries et méchancetés de toutes sortes. Parce qu'il ne sait s'en défendre, il intériorise toute cette douleur, toutes ces blessures morales répétées. A cet âge si sensible, s'enfermant peu à peu, il souffre et fait souffrir ceux qui l'aiment sans réserve...

 

L’histoire est celle d’un garçon qui voudrait être comme tout le monde. Il a treize ans et s’appelle Jeff. Alors que les enfants de son âge débordent d’insouciance, Jeff souffre en permanence du regard des autres et ce, depuis qu’il a été opéré, petit, d’un bec-de-lièvre dont il ignore tout. Chaque jour, il prie Dieu pour qu’il fasse disparaître la vilaine cicatrice qui lui traverse la lèvre. Mais chaque lendemain, le miroir lui renvoie la même image. Suite à un déménagement, Jeff doit changer d’école. C’est un tollé de rires qui accueille le jeune garçon lorsqu’il est invité par l’enseignante à se présenter devant ses camarades. Heureusement, ses parents sont là, soudés et aimants, ainsi que son jeune frère, Bubby. L’enfant, très attaché à son grand-frère, est prêt à braver toutes les interdictions pour voir son frère à l’école. Grâce à sa famille, son refuge, la vie de Jeff n’est pas tout à fait noire et, grâce à Willy, un camarade de classe, il arrive peu à peu à s’intégrer aux autres. Les deux enfants parlent base-ball et collection de timbres. Jusqu’au jour où…

En 125 pages, Bruce Lowery parvient à mettre en place une histoire extrêmement forte et pourtant, au départ, si banale. La cicatrice que Jeff porte sur la lèvre pourrait être une image et représenter la difficulté qu’ont certains enfants à se lier aux autres. Finalement, cette cicatrice, le lecteur finit lui-même par l’oublier et elle n’importe plus, à la fin, lorsque l’impensable est survenu. La cicatrice, qui est devenu un classique de la littérature de jeunesse, véhicule des thèmes forts comme le rejet de l’autre, l’amour et l’amitié. C’est aussi et surtout une histoire de confiance brisée et d’innocence perdue qui ne peut que marquer durablement.

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« J’étais, sans le savoir, un enfant heureux, relativement heureux, il est vrai. Mais ce n’était qu’une impression d’ensemble. Car ma vie, même alors, ne manquait pas de petits malheurs auxquels je n’arrivais pas à m’habituer. Il faut remonter à novembre 1944. J’avais 13 ans.

J’ai, depuis toujours, une cicatrice sur la lèvre supérieure. Les médecins disaient, sans cruauté, en triturant mon visage et en tirant sur ma lèvre comme un acheteur inspecte la gueule d’un poulain, que c’était « un bon travail de raccommodage ». J’aurais pu, j’aurais dû deviner que c’était en réalité un petit bec-de-lièvre. Mais il était tellement bien réparé qu’on parlait toujours de « cicatrice ». » (p.5)

 

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