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  • : Aperto libro
  • : Mes lectures, mes relectures, au fil des jours, au fil du temps, pour le travail (un peu) et le plaisir (passionnément)...
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Bonjour et bienvenue sur mon blog !

Vous trouverez ici les notes de mes lectures,
des réflexions et des citations.
Vos avis sont bien sûr les bienvenus.
Au plaisir de vous lire...

***


" Mes livres ne sont pas des livres,
mais des feuilles détachées et tombées presque au hasard
sur la route de ma vie. "

François-René de Chateaubriand



 

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 21:35

 

 

Lola est en colère. Contre ses parents qui se disputent sans cesse, contre les profs, contre ses amis, contre tous. Alors Lola fait la dure, cogne, et finalement met les voiles. Dans sa fuite, elle trouve refuge par hasard auprès de Simone. Chez la vieille dame, le temps s’est arrêté. Ces deux solitudes vont peu à peu s’apprivoiser et découvrir cette douceur qui ne nous tue pas mais nous rend plus fort.

 

Je découvre avec ce titre l’univers d’Antoine Dole dont j’ai pu lire beaucoup de bien sur la blogosphère. Lola est une adolescente qui est amenée à rencontrer une vieille dame à la mémoire défaillante. Dans le petit appartement sale et désordonné de cette dernière, la jeune héroïne va apprendre la compassion et la patience et redécouvrir la tendresse. La vieillesse, la solitude, l’adolescence et le mal être font partie des thèmes abordés par ce roman qui, au fur et à mesure des pages, lève le voile sur les événements qui ont poussé Lola jusqu’à l’appartement de la vieille dame. Si j’ai trouvé l’ensemble très bien écrit, j’ai tout de même l’impression que certains passages sont un peu survolés. Cela étant dit, ce roman se lit très facilement et rapidement, et je n’hésiterai pas à le conseiller au public qui en est la cible.

 

 

L’œuvre en quelques mots...

 

« Je me tais, gère les mots au compte-goutte. En moi les silences ont élaboré leur propre phonétiques, mon mutisme a donné lieu à une grammaire nouvelle, faite d’espace et de vacuité, une orthographe stérile. Je prononce des vides, j’articule des blancs. et mes échanges avec les autres se construisent comme ça, entre les lignes que je ne dis pas. A force de me taire j’en ai pris l’habitude. »

 

« Elle songe à cette solitude qui ne pèse plus bien lourd quand on la porte à deux. »

 

« Elle découvre qu’avec de l’amour, c’est possible de déformer les chemins tout tracés ; avec l’envie, avec le cœur. Que tant qu’on aime on n’est pas seul, malgré les distances, les manques et les formes que tout cela prend. »

 

 

 

 

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 13:42

 

 

 

Comment vivre après un accident, comment aimer, désirer, se reconstruire, accepter la lente métamorphose des émotions et du quotidien ? David, tombé du haut d’un échafaudage sur le chantier où il travaille à Montréal, est dans le coma. Sa femme et son fils de six ans essaient au fil des jours de communiquer avec lui, d’apprivoiser la douleur et l’absence et d’apprendre à vivre autrement.

 

Il suffit d’un instant pour qu’une vie bascule. Celle de David a basculé en une fraction de seconde, sur un chantier. Tombé d’un échafaudage, il se retrouve plongé dans le coma et il reçoit, à l’hôpital, les visites régulières de son épouse, Caroline, et de son fils, Bertrand. Mais comment échanger avec cet époux qui ne peut pas répondre ? Comment rassurer ce père et lui dire à quel point on tient à lui ? Au fil des pages, les personnages tentent d’accepter la situation, aussi difficile soit-elle, et continuent d’avancer dans un quotidien désormais incomplet. La bonne idée de ce roman, qui ne souffre d’aucun excès de pathos, c’est d’offrir au personnage de David la possibilité de s’exprimer. En effet, le lecteur découvre quelques-unes de ses pensées tout au long du récit. Mais, si l’idée est intéressante, je n’ai pas du tout réussi à adhérer à ces immersions dans les pensées du personnage. Je ne les ai pas comprises, je les ai trouvées trop confuses. De fait, l’ensemble du roman m’a semblé relativement long, c’est pourquoi j’ai apprécié le moment où Caroline commence véritablement à se reconstruire, alors même que j’aurais trouvé cela un peu prématuré dans la réalité. C’est une lecture qui n’est pas indispensable, je pense que l’on peut trouver mieux sur le thème du coma et du deuil.

 

 

L'œuvre en quelques mots...

 

« Caroline.

Elle dessine une carte céleste, peut-être

une nouvelle constellation.

Sa main hésite et m’enveloppe, sa main est émue.

Elle détache un morceau de ciel de son dessin

et le roule pour me l’offrir.

Au bout il y a une flamme.

Elle me dit qu’elle veut vivre. Je réponds moi aussi. »

 

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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 09:39

 

 

 

Jean-Michel sombre dans la nuit, absent à tout. Sa femme lutte avec une force douce et rageuse à ses côtés, s’épuisant à croire que son amour inébranlable pourra faire revivre l’homme qu’il fut.

Leur fille assiste impuissante au lent déclin de ce père tant aimé. Comme pour défier le destin, elle convoque les souvenirs des jours heureux, d’un bonheur que rien ne pourra effacer.

 

C’est l’histoire d’une jeune femme qui prend la plume pour raconter l’amour qu’elle porte à son père. C’est l’histoire de cet homme, océanographe passionné, de sa rencontre avec la maladie et de son lent naufrage. Une histoire somme toute ordinaire et pourtant si unique car chaque parcours l’est, chaque homme et chaque femme qui y sont un jour confrontés le sont. Dans une prose poétique où tristesse et tendresse ne cessent de s’entremêler, la narratrice retrace la vie de son père, de son métier qui l’a conduit à vivre en Guyane et en Polynésie, à la perte dévastatrice de ses facultés, en passant par sa rencontre avec celle qui passera le reste da sa vie à ses côtés. C’est un livre sur la maladie mais celle-ci n’est jamais nommée, quelques précisions nous seront données à la fin, car une certaine forme de pudeur - qui, à mon sens, n’est jamais contradictoire avec l’écriture autobiographique - est présente. Il y a dans cet écrit un éloge sous-jacent du souvenir. Il se présente, non pas en un canevas organisé, mais au fil des réflexions, par bonds successifs entre les lieux et les époques, entre les gens et les objets, entre les pleurs et les manques. Ce va-et-vient a quelque chose de perturbant mais on se fait sans aucune difficulté à cette absence de linéarité car le souvenir ne se commande pas, il est une nécessité pour celui qui écrit, seul maître de la toile tissée. Il est d’ailleurs toujours difficile de porter un jugement sur une œuvre autobiographique : chronologie, intérêt des faits racontés, force du sentiment... Lorsque je lis ce genre que j’affectionne particulièrement, je ne me pose pas de questions, je me laisse porter, j’attends d’être émue. Rien d’autre. J’essaie de ne pas me focaliser sur les défauts éventuels de l’œuvre, je suis juste attentive à ce qu’elle peut m’apporter et je pense à ce qu’elle a pu apporter à son auteur. Et quand je referme le livre avec les larmes aux yeux, c’est signe que je garderai un peu de l’histoire partagée en moi. On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait en s’en allant... j’ai été conquise dès les premiers mots, de toute façon.

 

 

L’œuvre en quelques mots...

 

« Je me dis que peut-être l’insouciance, c’est quelque chose qu’on a jusqu’à un certain âge, et que lorsqu’on la perd, on ne la retrouve plus jamais. »

 

« Nous ne parlons jamais de nous. Jamais. Les timides ne savent pas parler d’eux-mêmes. Ils ne peuvent pas. Ils parlent de la pluie et du beau temps. Il laissent l’autre s’exposer, être dans la lumière. Un timide ne brille jamais plus que dans l’ombre. »

 

« Il y a quelque chose que j’aimerais dire à tous les bienheureux, tous ceux qui ont la chance d’avoir un père vaillant, un père qui peut prononcer leur nom, se lever, marcher avec eux, j’aimerais leur dire : « Fermez ce livre, ce plaisir solitaire du livre, vous avez toute la vie pour être seuls face à un livre, et sortez, descendez dans la rue, videz les artères des immeubles, répandez-vous sur les chemins en une hémorragie de fils et de filles, suivez le bruit de votre cœur qui bat et courez le retrouver. » Mon père n’était pas parfait. Il l’est devenu le jour où il a arrêté de parler, d’être froid, de toujours donner raison à ma mère, de me contredire. Ce jour où mon père est devenu invalide, je l’ai mis sur un piédestal. Mais ce sont toutes ses imperfections qui me manquent. »

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 19:02

 

 

Bienvenue à Carson Mills, petite bourgade du Midwest avec ses champs de coquelicots, ses forêts, ses maisons pimpantes, ses habitants qui se connaissent tous. Un véritable petit coin de paradis... S"il n'y avait Jon Petersen. Il est ce que l'humanité a fait de pire, même le Diable en a peur. Pourtant, un jour, vous croiserez son chemin. Et là... sans doute réveillera-t-il l'envie de tuer qui sommeille en vous.

 

Le Mal tient en deux mots. Jon Petersen. Un prénom, un nom. Au départ, ceux d’un enfant élevé par un grand-père autoritaire autour duquel évoluent deux figures féminines, deux tantes prénommées Rackel et Hannah. Un enfant qui grandit dans une bourgade où tout le monde connait tout le monde, partagée entre deux communautés religieuses et bordée de champs de coquelicots. Jon Petersen. Le Mal donc. Un enfant à l’écart, qui n’a pas d’amis et qui se distrait en détruisant des fourmilières. Peu à peu, l’innocence se transforme en violence et la prise de conscience de cette violence et du pouvoir de destruction qui lui est lié conduit un jour à l’irréparable. Les années passent. Jon Petersen devient un homme. Cet homme devient père. Et ce père, la violence ne l’a jamais quitté.

Que ta volonté soit faite est une nouvelle pierre à l’édifice littéraire de Maxime Chattam, un univers que je suis loin de connaître dans sa globalité, mais je peux affirmer en tout cas que ce roman est très différent des deux derniers. C’est un roman d’ambiance - l’impression d’être à Carson Mills est très forte - mettant en scène une histoire absolument captivante. C’est également un roman où le suspense est maintenu jusqu’au bout, jusqu’aux toutes dernières lignes. Un vrai roman coup de poing, sublimé par une écriture extrêmement bien travaillée.

 

 

L'oeuvre en quelques mots...

 

« [...] si John n’éprouvait pas une once de culpabilité pour tout le mal qu’il avait fait aux autres dans son existence, il comprenait néanmoins qu’il n’était pas un homme foncièrement bon. Pire, il savait qu’il portait une forme de noirceur en lui, et qu’à chaque fois qu’il se déchargeait de la pression, il en rependait un peu dans son sillage, il propageait les ténèbres. Il était ainsi fait, c’était sa nature d’homme. Certains naissent foncièrement bons, la plupart ne sont que des funambules dansant au-dessus du vide entre bonté et méchanceté, mais une poignée, comme lui, venaient au monde souillés par déjà une bonne quantité de limon autour de leurs fondations, trop en tout cas pour que les grandes eaux moralisatrices de la civilisation puissent tout laver. Il est des individus que même l’éducation ne peut nettoyer. Et malgré le peu de culture et d’intelligence dont Jon était doté, ça au moins il l’avait compris depuis son plus jeune âge. »

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 10:33

 

Yael-Hassan---La-bonne-couleur.jpg

 

Nouvelle nuit d’angoisse et d’insomnie. Mais c’est l’heure. Max a la gorge sèche et les tripes nouées. Plus que quelques secondes... Il compte. Six, cinq, quatre, trois, deux... Il ferme les yeux. Il voudrait mourir, disparaître à jamais. Difficile de se lever lorsqu’on ne porte plus l’uniforme rouge ou violet de l’élite et que l’on est rétrogradé chez les bruns. Surtout quand le régime totalitaire au pouvoir ne tolère ni l’échec, ni la liberté d’expression. Max doit affronter les humiliations du lycée mais il ne regrette rien. Ce qui compte, c’est ce à quoi il aspire en secret...

 

 C’est la rentrée des classes et les résultats de Max ont tellement chuté qu’il va commencer cette nouvelle rentrée scolaire avec un uniforme brun. Fini l’uniforme rouge, la bonne couleur. « Quand on est brun, on rase les murs ! » Mais que s’est-il passé pour que Max, cet élève sensible et doué, ait été rétrogradé et condamné à changer d’uniforme ? Avant tout, il nous faut préciser le contexte : le héros adolescent vit dans une société dans laquelle les libertés ont été réduites à néant et où la pensée unique est le maître-mot. Les hommes, les femmes, les enfants, ne peuvent pas s’exprimer librement. Pire, ils ne connaissent pas le sens du mot « aimer ». On n’aime pas ses parents, on a du respect pour eux ; on n’aime pas un gâteau, on a du goût pour lui ; on n’aime pas un livre, on en tire une certaine satisfaction. Inutile de dire que, dans cette société, le souvenir de ce qu’a pu être la démocratie a complètement disparu. Mais Max ignore tout cela. Jusqu’au jour où il fait la connaissance de Félix, un vieil antiquaire qui habite en bas de chez lui...

Alors, verdict ? Plutôt convaincant malgré la brièveté (une centaine de pages) qui devrait justement attirer certains jeunes lecteurs. Le récit est constitué d’une alternance de chapitres centrés sur le présent et de chapitres tournés vers le passé. Un choix narratif intéressant qui permet de découvrir peu à peu les événements qui se sont déroulés dans les mois précédents le premier chapitre et qui ont changé à jamais la vie du héros adolescent. Dans la lignée du Passeur de Loïs Lowry et de Ceux qui sauront de Pierre Bordage, ce roman invite à une réflexion sur ce qu’est la société et ce que serait un monde sans aucune liberté, un monde où l’on ne s’appuierait pas sur le passé puisque celui-ci serait tout simplement nié. Amour, amitié, relations familiales, politique, liberté, révolte... autant de thèmes qui sont susceptibles de plaire à tous tant ils sont universels.

 

 

L'œuvre en quelques mots...

 

« - [...] Tu as changé, Max, je ne te reconnais plus. Je ne suis pas un imbécile et je me doute bien qu’il se passe quelque chose. Quelque chose de... subversif... Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est ce que tu reproches à notre système qui fait tout, pourtant, pour la réussite et l’épanouissement personnel de chacun !

 

-  C’est faux ! Tu es endoctriné ! Tout cela n’est que mensonge ! Ce système n’a qu’un seul but, nous réduire à l’état de robots obéissants, dénués de tout sentiment, de tout esprit critique, de toute capacité de penser. Laisse-moi t’expliquer... »

 

 

Un mot des titres 

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 14:20

 

Karine-Giebel---Satan-etait-un-ange.jpg

 

Tu sais Paul, Satan était un ange... Et il le redeviendra. Rouler, droit devant. Doubler ceux qui ont le temps. Ne pas les regarder. Mettre la musique à fond pour ne plus entendre. Tic tac... Bientôt, tu seras mort. Hier encore, François était quelqu'un. Un homme qu'on regardait avec admiration, avec envie. Aujourd'hui, il n'est plus qu'un fugitif qui tente d'échapper à son assassin. Qui le rattrapera, où qu'il aille. Quoi qu'il fasse. La mort est certaine. L'issue, forcément fatale. Ce n'est plus qu'une question de temps. Il vient à peine de le comprendre. Paul regarde derrière lui ; il voit la cohorte des victimes qui hurlent vengeance. Il paye le prix de ses fautes. Ne pas pleurer. Ne pas perdre de temps. Accélérer. L'échéance approche. Je vais mourir. Dans la même voiture, sur une même route, deux hommes que tout semble opposer et qui pourtant fuient ensemble leurs destins différents. Rouler droit devant, admirer la mer. Faire ce qu'ils n'ont jamais fait. Vivre des choses insensées. Vivre surtout... Car après tout, pourquoi tenter sans cesse de trouver des explications ?


C’est le quatrième roman de Karine Giebel que je lis et c’est celui que j’ai le moins aimé... Il n’est pas dépourvu de qualités mais il ne m’a pas embarquée comme les autres. Plus de longueurs, moins de noirceur, peut-être. Quoique... avec Karine Giebel, de la noirceur il y en a, et toujours cette sensation que rien ne viendra aider les personnages, en proie à un destin inexorablement tendu vers une issue fatale. Dans Satan était un ange, deux hommes fuient sans se retourner, leurs routes se sont croisées par hasard. Le premier se prénomme François, c’est un avocat renommé qui a tout plaqué suite à une annonce bouleversante. Le deuxième se prénomme Paul, c’est un jeune voyou. Le premier n’a pas eu d’enfant, le deuxième n’a pas eu de père. Le premier a arrêté sa voiture sur le bas-côté quand le deuxième en a eu besoin. Une histoire d’auto-stop. L’histoire de deux hommes qui vont se lier d’amitié alors qu’ils n’ont rien en commun, si ce n’est un rapport intime avec la mort, qui cherche à les atteindre autant qu’ils cherchent à la fuir. Sur fond de scandale écologique et de réflexions sur la fin de vie, Karine Giebel offre à ses lecteurs un thriller percutant, mais qui, par ces thèmes justement, n’a pas été un coup de cœur pour moi.

 

 

L'œuvre en quelques mots...

 

« Silence médiatique, complice.

Agonie muette.

Ils souffrent et meurent. Lentement, sans faire de bruit, sans déranger personne.

Ils périssent, sans même voir l’ennemi. Ignorant jusqu’au bout le visage de leurs assassins.

La mort sillonne les routes.

Nos routes.

Vogue le long des côtes.

Nos côtes.

Avant d’atteindre sa cible. »

 

 


Un mot des titres

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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 17:42

 

Severine-de-la-Croix---Les-Mensonges-ne-meurent-jamais.jpg

 

Une femme qui disparaît.

Un couple en danger.

Les terribles secrets d’une famille.

Un compte à rebours implacable.

 

J’ai commencé Les Mensonges ne meurent jamais un soir vers 21h et je l’ai terminé le lendemain à peu près à la même heure. Il est certain que le premier roman de Séverine de la Croix se lit très vite. Tout est fait pour éveiller la curiosité du lecteur : le titre bien entendu, les quatre phrases énigmatiques de la quatrième de couverture et la sublime photographie qui évoque l’innocence de l’enfance. C’est surtout pour cette balançoire rose que j’ai eu envie de découvrir ce roman, cela tient souvent à peu de chose...

L’histoire de départ est assez simple, avant que ne viennent s’entremêler les fils d’un passé tenu à distance. Lors d’un repas entre amis, une allusion innocente de l’un des invités perturbe Manon, l’héroïne, une jeune femme âgée d’une trentaine d’années. Elle se rend compte qu’on lui a menti au sujet de son oncle et le vernis de sa respectable famille commence doucement à s’écailler. Quelques jours après le repas, son époux Nicolas signale sa disparition. Que s’est-il passé pour que Manon décide de s’enfuir ? Quels secrets dissimule sa famille ?

J’applaudis vraiment l’auteur pour ce premier roman qui laisse présager une belle carrière, mais je ne peux toutefois pas taire le fait que je n’ai pas adhéré à 100% à l’histoire qui souffre, à mon sens, de quelques faiblesses et de quelques facilités. Sans douter une seule seconde qu’il puisse exister des familles de ce genre, je dois avouer que j’ai vu arriver de très loin l’une des révélations essentielles du roman, j’ai d’ailleurs trouvé l’événement un peu « too much », mais passons. Il me semble en outre que les personnages, qui ont pourtant gardé enfouis des secrets pendant des dizaines d’années, ont la langue qui se délie un peu trop vite... et les révélations s’enchaînent sans que le lecteur n’ait réellement le temps de s’interroger, fait qui est certainement dû à la brièveté du roman.

 

 

L'œuvre en quelques mots...

 

« Je n’ai jamais su pourquoi ma mère avait ce regard empreint de mélancolie quand elle observait mon père. Mais c’est lui qui m’a fait comprendre que l’amour était merveilleux, à condition de ne pas s’aliéner. Les gens se croient libres d’aimer, or ils ne font que s’enfermer dans une prison où l’autre décide pour eux. » (p.10)

 

 

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 19:20

 

Sylvie-Granotier---Personne-n-en-saura-rien.jpg

 

Mélusine, Jeanne, Irène... Aucune n'est ressortie vivante de l'arrière de cette camionnette qui sillonnait les côtes françaises. Pourtant, l'assassin n'a jamais été inquiété. Jusqu'à ce que sa route croise celle d'Isabelle, seize ans et un sang-froid à déstabiliser le pire des monstres. 

Elle seule sait ce qui se dissimule derrière ce gros type solitaire, jugé aujourd'hui pour attouchement sur mineure. Lui ne comprend pas pourquoi elle tait la vérité. La victime est-elle bien celle que l'on croit ?

 

Qu'y a-t-il sous le masque de ce monstre qui répond au nom de Jean Chardin ? Qu'y a-t-il derrière le visage meurtri de la jeune Isabelle qui assiste au procès de son bourreau comme si elle en maîtrisait l'issue ? Page après page, le lecteur de ce roman à suspense pas tout à fait comme les autres est amené à découvrir le parcours d'un homme accusé d'agression sexuelle, le bon gars simple et sans histoires devenu violeur, et, en parallèle, l'histoire de plusieurs jeunes filles disparues sans que personne ne parvienne à retrouver leur trace. Ces deux fils conducteurs se rejoignent régulièrement, dans les chapitres qui mettent en scène le procès rendu délicat par le fait que les deux protagonistes en présence semblent cacher la vérité et mentir au sujet du déroulement véritable de leur rencontre... J'ai trouvé l'écriture de Sylvie Granotier très convaincante, un style très factuel, sans recherche de pathos, et j'ai apprécié  la manière dont le puzzle se reconstitue petit à petit. En revanche, je mentirais si je disais que ce roman m'a pleinement satisfaite : il me semble que le suspense annoncé est un peu exagéré. Personne n'en saura rien est toutefois un roman surprenant et très intéressant du point de vue psychologique.

 

 

L'œuvre en quelques mots...

 

« L'avocate est confortée dans son préjugé favorable à l'égard de sa cliente. En dépit des circonstances, elle fait preuve d'un jugement sain et d'un bon sens surprenant. Ses prescriptions méritent d'être prises en compte même si maître Damboise les aménage à sa façon. L'avocate est assez aguerrie pour faire preuve d'autorité quand elle le juge nécessaire. Elle reste cependant très attentive à tout ce que la jeune fille exprime spontanément sur son agresseur. Après tout, Isabelle Delcourt est la personne qui connaît Jean Chardin le plus intimement. » (p.28)

 

 

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 18:05

 

Delphine-de-Vigan---Jours-sans-faim.jpg

 

Cela s'était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu'elle s'en rende vraiment compte. Sans qu'elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s'asseoir. En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l'insomnie qui accompagne la faim qu'on ne sait plus reconnaître.

Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu'elle était arrivée au bout et qu'il fallait choisir entre vivre et mourir.

 

J'ai retrouvé avec Jours sans faim la plume de Delphine de Vigan, dépouillée et percutante. Un style qui me plaît beaucoup et pourtant, je n'ai pas vraiment été emballée par ce court roman. Est-ce le thème qui ne m'a pas intéressée outre mesure ou la manière dont il est traité qui m'a laissée de marbre ? Je n'arrive pas à le dire, même si je reconnais qu'il y a quelques passages intéressants. Dans ce roman, le narrateur nous invite à côtoyer une jeune femme anorexique prénommée Laure, et nous raconte son corps malmené, amaigri, et son combat pour retrouver l'envie et la force de s'alimenter pour se sauver. C'est l'hospitalisation de la dernière chance, elle en a conscience et est prête à accepter l'aide que le personnel médical veut lui apporter, notamment le docteur Brunel, le médecin qui la prend en charge, avec lequel elle entretient des rapports ambigus sur lesquels je me suis beaucoup questionné, sans avoir l'impression d'obtenir de réponse...

 

 

L'œuvre en quelques mots...

 

« Laure gonfle à vue d'œil et ne peut déjà plus fermer les deux pantalons qu'elle a apportées. Elle laisse faire. Elle ne sait pas pourquoi, ni même si elle y croit. Elle sait tout ce chemin derrière elle, déjà, ces sensations oubliées qu'elle retrouve peu à peu, le corps qui se remet en marche. Elle s'étonne de cette vie autonome qui reprend son cours à l'intérieur d'elle, elle sent l'estomac qui se contracte, les intestins qui se tordent, elle sent que ces organes mystérieux ont repris leur boulot, que c'est dur de s'y remettre après des semaines de chômage technique. A l'intérieur ça s'agit sans fin. Elle laisse faire, mais elle a peur, peur de ne plus pouvoir recommencer, de ne plus pouvoir faire marche arrière.

Peur de recommencer, de faire marche arrière.

 

Elle a peur de sortir de ça et de ne pas en sortir. »

 

 

Un mot des titres

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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 18:48

 

MA-Guillaume---Aucun-souvenir-de-Cesaree.jpg

 

De son enfance, elle a tout oublié sauf la peur et l'ennui coriace. De ses vingt ans, elle a tout oublié sauf son absence au monde. Elle a même oublié Césarée, la ville en ruine qu'elle déclarait « inoubliable » dans une lettre envoyée à sa mère. Elle a juste retenu le vers de Racine : « Je demeurai longtemps errant dans Césarée ». Heureusement, sa mère a écrit un journal où elle raconte ce qu'elles ont vécu ensemble, avec et sans le père. Sa mémoire, c'était sa mère, et elle vient de le perdre - la mère, le jardin, la maison. Elle vient de vider la maison, dans le chagrin et la colère.  [...]

 

Le décès de sa mère conduit Marie-Ange Guillaume à écrire sur celle qui lui a donné la vie. Mais comment raconter ce dont il est difficile de se souvenir ? Aidée du journal tenu par sa mère, l'auteure explore cette mémoire de papier et réalise, entre tristesse et colère, à quel point elle a aimé cette mère avec qui elle a pourtant entretenu des relations souvent conflictuelles, et à quel point elle a été aimée par elle.

Déjà convaincue par le thème qui est incontestablement un de mes préférés dans le domaine littéraire, j'ai été séduite par le roman de Marie-Ange Guillaume dès les premières lignes tant elles débordent d'émotion : « Maintenant, avant de retrouver sa Loire, elle est entre mes mains, au fond de cette boîte que j'ouvre en tremblant. A l'intérieur, il y a un sac de toile - je ne m'y attendais pas. Je dénoue le cordon du sac et, tout en écoutant la voix étouffée qui me dit « c'est pas possible », je balance tout du haut du pont, par petites secousses, en douceur. C'est ma mère devenue poussière, c'est ma mère que le vent porte, teintée d'or dans le soleil de cinq heures en février. Et elle s'en va. » (p.10) Amour, tendresse, sensibilité sont les maîtres-mots de cet écrit. Mais le regard porté sur le passé n'est pas dénué d'humour, ce qui rend l'ensemble plus léger qu'il n'y paraît. Marie-Ange Guillaume a incontestablement le recul de celles qui ont vécu. C'est, en outre, un récit qui interroge la mémoire : l'auteure reconstitue peu à peu les souvenirs d'enfance qu'elle croyait disparus à jamais et fait le ménage dans cette mémoire qui lui a fait défaut et qui ressemble « à une crise d'amnésie ». Ce qu'il y a de beau dans ce roman, c'est que cet amour que l'on voit pourtant surgir à chaque page n'est pas donné pour acquis. Il y a une part de colère dans cette disparition de la mère et on sent le poids d'un passé ambigu, entre attachement et conflit. Les quelques 180 pages qui constituent ce récit sont alors à la fois une acceptation et une réconciliation.

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« Bien sûr, ne croyant pas aux promesses électorales concernant l'after, avec la béatitude éternelle à la droite d'un Dieu absent, je sais bien que tu n'es pas là, ni penchée sur mon épaule, ni au ciel ni en enfer (manquerait plus que ça), je sais bien que tu n'es nulle part - juste dispersée dans un océan trop grand pour que je puisse t'y retrouver un jour. Mais je te parle et je te remercie. Grâce aux mots que tu m'as laissés, mon enfance a changé, elle est sortie du noir et gris où l'avait ensevelie ma mémoire pour se barbouiller, ici et là, de jolies taches de couleur - comme sous le pinceau d'un peintre un peu bordélique qui mettrait un rouge en bas à droite et un jaune en haut à gauche pour constater l'effet produit. »

 

« En ce moment, je suis heureuse avec toi, mais je sens bien qu'il va falloir que je sorte de toi, encore une fois, et qu'à la fin je te quitte. »

 

« Maintenant, si tu pouvais revenir une seule fois, juste trois minutes, je prendrais tes pauvres mains fripées dans les miennes et je te demanderais pardon. »

 

 

« C'est de toi que je tiens l'amour des petites choses heureuses. »


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