Cécile Odartchenko, Chardonneret

Publié le par calypso

 

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« Une petite fille blonde, un bouquet à la main, la tête couverte d’un fichu rouge, courant au loin dans un champ de blé, aveuglée par le soleil, et tombant sous les balles des partisans. Maroussia était son nom… »
Cette image échappée des premières lectures poursuit Cécile Odartchenko à travers le récit de son enfance. Dans la solitude déchirée de la guerre, la petite fille se nourrit de la culture et des paysages d’une Russie dont son père la fait héritière. Et qu’importe qu’à la fin de sa vie la déchéance le gagne : il lui aura transmis son énergie, sa démesure et le lyrisme de ses passions car « l’amour que nous attendions, c’était comme un noyau de lumière, un diamant qui aurait été caché au centre de notre nébuleuse ». A travers les péripéties et les aventures, émerge la belle figure d’un père aimant, déraciné, bien mal fait pour la dureté du quotidien.

 

Ce petit livre vert qui ne paye pas de mine est le récit autobiographique que nous offre Cécile Odartchenko de son enfance et de son adolescence. Si la lecture en a été plutôt plaisante et intéressante, je ne crois toutefois  pas qu’elle me marquera durablement.

Commençons par le style. Certaines phrases, notamment au début du roman, sont trop longues à mon goût. Amateurs de Proust, réjouissez-vous ! Telle la madeleine du célèbre auteur, les souvenirs ressurgissent chez la narratrice si vivement qu’ils se déversent en flots sur le papier. Certains passages manquaient vraiment de lisibilité, mais c’est un trait de style qui peut assurément plaire. Vous l’aurez compris, Chardonneret est une œuvre du souvenir : souvenir des lectures faites par Nadia, la femme qui a élevé la narratrice, souvenir de son père, un artiste russe, à la fois peintre et poète – « Il était le conteur, le pitre, le compagnon de jeux inventés par lui, le jardinier, le maître de toutes les cérémonies passées et à venir. » –, souvenir de sa mère, ancienne résistante. Au-delà des personnages, ce sont des couleurs, des senteurs, des mots qui lui reviennent en mémoire. Le récit se transforme alors en poème, en chant, en tableau. C’est une mise en scène artistique du souvenir que ce court récit. Mais le problème de ce genre de récits, c’est l’aspect fourre-tout, un peu désordonné. Si certains passages m’ont beaucoup plu, d’autres n’ont pas su m’emporter et m’ont laissée sur le bas-côté. J’ai eu du mal à distinguer des unités dans ce texte et l’absence de chapitrage ne m’a pas aidée à y voir plus clair.  

Alors, dois-je vous convaincre de lire ce livre ou, à l’inverse, de passer votre route ? Je crois avoir déjà énuméré quelques points négatifs. Pour celles et ceux qui seraient toutefois tentés par cette découverte, sachez que Chardonneret est aussi un beau texte sur l’éducation, le déracinement, la religion, le pouvoir de la lecture, l’amour…

   

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L’œuvre en quelques mots…

 

« Si les cinq sens sont les outils qui ouvrent les portes de l’imaginaire et de l’écriture, comme l’annonce Kazantsakis au début de sa « Lettre au Gréco », cinq sens auxquels il ajoute un sixième, l’esprit, il est certain que tout ce qui devait contribuer à ma formation fut, jusqu’à l’âge de douze ans, irréversiblement russe, même si maman à mon retour fit l’impossible pour me rééduquer. Il est trop tôt pour parler de cette pénible entreprise et de son échec « cuisant ». Les influences, celles de papa, celles de Nadia, celles des lectures, se complétaient pour former un tissu solide comme du chanvre. »

 

 

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Serena 20/09/2010 16:03


Je ne connaissais pas du tout, mais bel article :)


calypso 20/09/2010 17:48



Merci !



irrégulière 27/07/2010 15:02


C'est le 2ème titre de cette maison d'édition que je vois, et la même réflexion : les couvertures sont hideuses, je trouve...


calypso 27/07/2010 15:26



Ah ça, c'est sûr ! Ils ne misent pas sur la couverture...



Véro. 26/07/2010 18:11


Je ne suis pas vraiment attirée par les autobiographies donc je laisse ce titre de côté.


Alex-Mot-à-Mots 18/07/2010 11:35


Un de ces petits romans que l'on oublie trop vite.


zorane 18/07/2010 10:56


Je ne connais pas du tout cette maison d'édition
Pour le livre je ne suis pas sûre d'être tentée;)