Anne Pouget, Ma vie de monstre

Publié le par calypso

 

 

Vous connaissez le conte de La Belle et la Bête ! Mais savez-vous qu’il s’agit là d’une histoire vraie ?

Catherine (la Belle) et Pierre (la Bête) vivent à la Cour de France, sous le règne de Catherine de Médicis.

L’une de leurs filles, Tognina, a hérité de son père un corps couvert de poils qui en fait, aux yeux de ses contemporains, au mieux une curiosité, au pire un monstre de foire exhibé dans toutes les Cours d’Europe.

Comment échapper à ce destin ? Comment vivre ses rêves d’amour et d’aventure, quand on est une vraie jeune fille ? Aura-t-elle seulement le droit de tomber amoureuse ? Et pourquoi pas d’être aimée ?

L’histoire unique d’une jeune fille luttant pour que sa différence ne soit pas une malédiction.

 

Ma vie de monstre est un roman jeunesse de qualité. Anne Pouget étant historienne, je n’en attendais pas moins. Elle nous invite à découvrir un personnage méconnu et dont l’existence historique est avérée : Tognina Consalvès. Lorsque débute le récit, Tognina est une jeune fille qui vit à la Cour de France, auprès de Catherine de Médicis, entourée de ses parents et de ses frères et sœurs. Dans la famille, Pierre, le père, et trois des sept enfants ont une particularité : une pilosité excessive dont personne n’est capable d’expliquer l’origine à l’époque. Actuellement appelée hypertrichose, cette maladie est une véritable malédiction pour Tognina qui, bien que recevant une instruction à la Cour, est fréquemment exhibée lors de la venue de visiteurs et moquée par tous les gens qu’elle côtoie quotidiennement. Elle sait que cette anormalité l’empêchera de vivre ses rêves et d’être aimée à sa juste valeur…

Premier bon point : ce roman qui, ne l’oublions pas, est destiné aux jeunes adolescents est d’une grande clarté. La vie de Tognina à la Cour est intéressante à découvrir et la mention des personnages historiques qui évoluent autour d’elle est passionnante. Il est question d’Hélène de Surgères (celle des « Sonnets pour Hélène » de Pierre de Ronsard), de Michel de Montaigne ou encore d’Ambroise Paré. Même si Anne Pouget prend des libertés par rapport à l’histoire de la véritable Tognina, il est tout à fait pertinent de faire référence à ces personnages historiques qui ont vécu à la même époque. Cela permet d’ancrer l’histoire dans un contexte bien précis.

Deuxième bon point : le personnage de Tognina est très attachant. C’est une petite fille différente mais très fine, ce qui complique justement sa vie. Bête, elle n’aurait pas souffert autant de son cruel destin. Elle aurait été un simple divertissement, à l’image de Brusquet, le fou du roi. Mais Tognina réfléchit et interroge sa différence, elle discute intelligemment avec les lettrés et les médecins qu’elle croise. Au fond, ce n’est pas simplement l’histoire d’une « enfant-chien » mais celle d’une jeune fille souffrant du regard des autres en raison de sa différence. En cela, le roman peut offrir une belle réflexion sur ce qu’est la tolérance.

En ce qui concerne l’allusion à La Belle et la Bête sur la quatrième de couverture, il est évident qu’elle concerne les parents de Tognina. Son père, Pierre, a été trouvé sur l’île espagnole de Tenerife bien des années avant le début de l’histoire : considéré par les voyageurs qui l’ont capturé comme un animal de foire en raison de son excessive pilosité, il a été offert à Henri II lors de son couronnement. Le monarque, qui souhaitait voir s’il était possible d’éduquer un sauvage, a confié son instruction à des précepteurs. Pierre est devenu avocat et conseiller à la Cour. Il a été marié à une jeune femme de la Cour sans aucune particularité physique. Là se trouve, d’après de nombreux experts, une des sources d’inspiration du célèbre conte. Il manque, je trouve, à la fin du roman, quelques explications sur ce point. C’est mon seul regret.

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« - Ce n’est pas ta faute si tu es née ainsi. Sache qu’à mes yeux, il n’y a aucune différence, que tu es aussi belle que ton père, tes frères ou tes sœurs, et que je suis fière de tous mes enfants de la même manière. Souviens-toi de ceci : l’amour se moque des apparences et supporte les mauvaises paroles. Et les sots qui ne s’arrêtent qu’à cela ne méritent pas qu’on s’y attarde. » (p.76)

 

 

 

 

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