Pascaline Alleriana, La Pizzéria du Vésuve

Publié le par calypso

 

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La jeunesse est le temps de tous les apprentissages. De tous les espoirs, vécus à un rythme effréné par Kenneth l’Irlandais, Gaétan le provincial, Hélène la Parisienne et Anselme l’îlien. Étourdis par les plaisirs du monde, ils se découvrent une audace éclatante : Kenneth dévore des yeux la sulfureuse Agnès, Gaétan ravit l’insatiable Delphine, Hélène dérobe le fiancé de son amie Viviane, Anselme subjugue une voyageuse impénitente. C’est alors que les déceptions surviennent. Trop vite, trop tôt… Dans les quatre nouvelles de ce recueil, se nouent d’âpres destins sur fond d’ailleurs, car la jeunesse est restée étrangère à elle-même pour posséder l’intensité.

 

Il est vrai que la couverture sobre et le titre chantant, aux couleurs de l’Italie, n’ont pas été pour me déplaire. Mais c’est un peu par hasard et à l’aveugle que je me suis lancée dans cette lecture, puisqu’elle m’a été proposée par l’auteure elle-même, Pascaline Allerana. Bien sûr, j’ai eu accès à la quatrième de couverture, mais - c’est souvent dans le cas des nouvelles - celle-ci entretient le mystère et ne délivre que peu d’informations. Cela a piqué ma curiosité et c’est avec beaucoup d’envie que j’ai commencé à tourner les pages de ce recueil, encouragée par la gentille dédicace de l’auteure. C’est une petite attention toujours appréciable, à travers laquelle on sent vraiment la main tendue de l’auteur vers son lecteur, la volonté de partager avec lui un bout de chemin.

Ce chemin nous le partageons cette fois-ci avec quatre personnages, très différents, mais à la fois très proches. Tous font l’expérience, enchanteresse puis douloureuse de la Rencontre. Dans la première nouvelle, « La Pizzéria du Vésuve », Kenneth Willgrath, un Irlandais, rejoint sa sœur installée en Italie. Il rentre émerveillé de son séjour, lui qui est passionné par la langue italienne depuis son plus jeune âge. Il y retournera peu de temps après avec son ami Niel et y rencontra la mystérieuse Agnès dont le quatre-vingt-dix de tour de poitrine ne cessera de le hanter. Les mensurations de la jolie jeune femme n’épargneront sans doute pas l’amitié qui lie les deux garçons. Si j’ai été un peu déçue par la fin de cette nouvelle, je dois bien reconnaître que j’en ai beaucoup apprécié le style : un style très descriptif, des phrases volontairement elliptiques, sans fioritures. La narration au présent que l’on retrouve d’ailleurs dans chacune des nouvelles, fonctionne à merveille. « Les Qualités d’une ville » est la nouvelle que j’ai préférée. Sans doute me suis-je identifiée très rapidement au personnage principal, Gaëtan, un jeune homme qui vient d’obtenir le diplôme de professeur des écoles et tout juste muté dans un petit village, à soixante-cinq kilomètres de la ville la plus proche. Son détachement face à tout ce qui lui arrive, sa solitude, et finalement, la détresse que le lecteur parvient à saisir, serrent le cœur. La nouvelle est construite sur le principe du retour en arrière, on remonte ainsi, étape par étape les dernières années de la vie de Gaëtan. Un procédé parfaitement maîtrisé et qui donne tout son sens à la nouvelle. Je n’ai pas pu m’empêcher de noter le dernier mot de ce texte : « espérance », celle qui a un jour abandonné notre personnage sur le bord de la route… La troisième nouvelle, « Le Tisseur de rêves », m’a beaucoup intriguée, m’a plu, pour en fin de compte me laisser assez dubitative. Hélène et Viviane sont amies, jusqu’à ce qu’elles rencontrent toutes les deux un jeune homme prénommé Florian. Viviane s’emballe, Hélène s’interroge. Les points communs sont troublants. Et si ce jeune homme était le même ? Si je pense avoir la réponse à cette question, j’avoue que d’autres me perturbent encore… Enfin, « Biographie pacifique », est l’histoire d’Anselme qui rencontre un jour sur son île polynésienne une touriste blonde en quête de soleil. Ils s’aiment au bord de l’eau, dans un espace-temps aussi paradisiaque qu’éphémère. Elle promet pourtant qu’elle restera. Sans doute la nouvelle la plus poétique.

 

Je remercie sincèrement Pascaline Alleriana d’avoir partagé avec moi ses nouvelles.

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« Agnès est merveilleuse lorsqu’elle s’approche, lorsqu’elle l’effleure de la main. Ils sont debout près du bar : dos cambré, elle s’accoude au comptoir. Elle parle et il la regarde. Déplaçant ses yeux sur elle. A sa demande : il a cette impression. A mesure qu’il la regarde, son vêtement se déplace. Elle oscille, s’incline, se redresse… Il reconnaît ses gestes » (« La Pizzéria du Vésuve », p.36)

 

« Alors qu’il saisit l’un des coffrets, il se rappelle qu’il n’a pas de cadeaux à faire cette année. Il n’aura plus de cadeaux à faire. C’est très triste. Gaëtan ne rejoindra personne pour les fêtes. Pour éviter de penser à cela, il se dit simplement qu’il peut s’en aller. Oubliant les viennoiseries, il sort les mains vides du centre commercial. » (« Les Qualités d’une ville », p.50)

 

« Etendue sous la couette, fatiguée par sa journée chargée, impatiente de celle qui l’attend le lendemain, la jeune femme s’endort rapidement. Toutefois, une curieuse impression la fait se réveiller presque aussitôt. Elle ouvre les yeux : un jeune homme est assis sur le lit de son côté, il la regarde fixement. » (« Le Tisseur de rêves », p.88)

 

« Elle va rester, elle veut rester, je la crois, je l’attends…

Elle ne sait plus, elle va partir, dans son short et son débardeur.

Je la touche, ses vêtements, sa peau sous le tissu.

Elle ne veut pas, elle veut bien, chez moi la nuit, veut s’habiller, sa robe, je peux l’attendre, elle reviendra… » (« Biographie pacifique », p.136)

 

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Noukette 27/02/2012 22:56

Pourquoi pas ? J'aime bien les nouvelles en général... Sympa la dédicace de l'auteure ! ;-)